Association Lirécrire à Beauvais

 

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Résultats du Kukaï à Beauvais, au Nota Bene du Théâtre du Beauvais, le 26 mars 2009.

Nous étions 21 participants (en comptant Christophe !)

 

Choisis avec trois voix :

 

pluie sur le marché

trois parapluies

devant les choux-fleurs     (Dominique Langlet)

 

la nuit d'été a semé

des vers luisants

dans le jardin du poète   

 

rougissantes

elles se frôlent dans leur vol

les feuilles d'érable     (Paul de Maricourt in Sur la pointe des pieds, L'iroli 2008)

 

je regarde un lézard

entre deux murs

il me regarde aussi     (Henri Brunel)

 

la tombe de son père –

la petite fille laisse une image :

un dinosaure     (Maria Chameleon in La Rumeur du coffre à jouets, L'iroli 2008)

 

her father’s grave –

the little girl leaves a picture

of a dinosaur

 

 

Choisis avec deux voix :

 

des miettes de biscottes

dans le lit

c'est dimanche     (Valérie)

 

stand légumes et fruits

place du marché en été

les jeunes filles en fleurs     (Christelle Mathieu)

 

tas de repassage

dans la jupe de l'été

trois pignons de pin     (isabel Asúnsolo)

 

le vieux chêne

contemple

les fleurs de cerisier     (Henri Brunel)

 

le champ labouré

un vol d'étourneaux dans le vent

solitude

 

 

fin du kukaï, Patrys et Alan écrivent un haïku sur l'instant :

 

méli-mélo de mots

échange de haïku

lecture à plusieurs voix     (Patrys)

 

les haïkus passés

s'accumulent sur la table

avec les réglisses      (Alan)

 

Merci à tous les participants pour cette soirée.

 

 

 

 

 

 

Résultats du Kukaï à Laon, 30 novembre 2008.
Participaient Danièle Duteil, isabel Asúnsolo, Rahmatou Sangotte, Éric Hellal, Paul de Maricourt, Serge Tomé, Rob Flipse.

 

Choisis avec 3 voix :

 

bien trop hauts
les fruits de l'arbousier
chant du coq    (Danièle Duteil)

 

si je n'aime pas
cet emmerdeur qui me drague
- pourquoi cette chaleur ?   (isabel Asúnsolo)

 

visite guidée -
une grosse gargouille
gratte dans la gorge   (Éric Hellal)

 

derniers jours d'automne -
sur une bouche de métro
les pigeons gonflent   (Paul de Maricourt)

 

Choisis avec 2 voix :

 

oncologie -
les pointes acérées
du paratonnerre   (Serge Tomé)

 

zone du front -
quelques oiseaux noirs
sur l'argile nue   (Serge Tomé)

 

 

LE HAÏKU

En trois lignes, ce poème d'origine japonaise va essayer de capturer quelque chose d'instantané de la vie, souvent de la vie quotidienne, des sensations simples en apparence mais porteuses d'émotions. Si le texte est bon, il retentira longtemps chez le lecteur. Celui-ci trouvera bien souvent différentes lectures au texte proposé. Quant à son auteur, il oubliera rarement les conditions d'écriture de tel ou tel haïku...

A l'origine, la forme du haïku est de trois vers de 5-7-5 syllabes. Le haïku francophone se contente de s'approcher de cette norme. Le haïku ne cherche ni rime, ni jeux de mots ni figures poétiques comme la métaphore... Il peut en revanche jouer avec les sonorités mais ce n'est pas l'objectif du haïku.

Ce qui est intéressant, c'est l'esprit. On parle d'ailleurs de "pratique du haïku" car, plus qu'un simple genre, il change le regard sur la vie. C'est une discipline que de s'obliger à regarder et écouter sans laisser interférer ce que nous savions "d'avant"...

Exemple : si je vois un champ de colza en fleur et si j'ai quelques réflexes occidentaux, je vais avoir tendance à penser : "...comme une mer jaune"... au lieu d'exprimer les sensations que je perçois. Cette habitude d'extrapoler, de magnifier les choses simples nous empêche de voir l'évidence : le champ de colza.

Se concentrer sur "ce qui est" demande un effort. Mais l'effort de saisir le présent tel qu'il est (en oubliant hier, en ne pensant pas à demain...) est récompensé : le simple, le peu devient luxe. Voici quelques sites passionnants sur le haïku (voir www.tempslibres.org et www.afhaiku.org). 

Exemple de haïku :

averse de neige –

un thé aux fruits rouges

à petites gorgées

Damien Gabriels

 

Dans cet haïku on trouve, comme c'est la tradition, une référence à la saison ("kigo") en première ligne. L2 parle de chaleur et de couleurs et aussi d'une saison éloignée à celle où nous nous trouvons. Le haïku recherche souvent les contrastes. Ici la chaleur du thé et les fruits ont fait irruption dans le froid de l'hiver. Dans la dernière ligne, le lecteur peut comprendre qu'on lui parle de recueillement : les "petites gorgées" sont aussi une façon de savourer le temps et de le mesurer.                

            

 

 

HAIKUS LUS AU SAFRAN A AMIENS LE 8 MARS 2007 (par isabel Asunsolo invitée par l'association ALCO)

  

Le haïku permet de dire ce que l’on voit ou entend de la vie de tous les jours, sans trop imaginer des choses…

Je dis que j’ai un peu de mal avec toute cette salle dans le noire, que je ne suis pas habituée… On met alors un peu de lumière dans le théâtre.

On lit toujours deux fois les haïkus pour bien les écouter. Je commence par un haïku de moi.

 

Debout avant l’aube

quelques degrés sous zéro

des braises sous la cendre

 

je dis : vous imaginez la femme qui se lève la première et qui commence à préparer la journée… on connaît toutes ça.

 

De Micheline Beaudry, Canada :

 

tourterelle triste

sur la rambarde de métal

les mains d’une femme

 

là on a une image : une femme attend…

 

fin d’après-midi

elle écoute une chanson

qui lui ressemble

 

pieds nus sous la pluie

elle pousse ses sacs alourdis

l’itinérante

 

ce mot « itinérante » c’est peut-être la façon canadienne de parler des sdf…

Quand on écrit des haïkus on prête plus attention à ce qui se passe autour de nous. On voit ça ici : (haïku de moi)

 

Endormi par terre

Vais-je l’enjamber aussi ?

Des courses à faire

 

Il y a des haïkus qui touchent toutes les femmes du monde : D’Alenka Zorman (Slovénie) :

 

Le mari parti,

le silence des flocons de neige

emplit la nuit

 

De Ludmila Balabanova (Bulgarie)

 

Premier baiser

l’odeur du tilleul

atteint les étoiles

 

Avec ces deux-là j’ai senti un grand silence. Le public est recueilli.

 

Puis je parle des haïkus écrits par un homme, Daniel Py, dans Galets sur la langue (éditions éclats d'encre). Un peu coquin et de saison :

 

Printemps proche

la température remonte

les jupes aussi

 

Mais je dis que Daniel aime écrire tout à la suite des haïkus légers avec d’autres graves, des textes de sa vie de tous les jours et des choses auxquelles il réfléchit en lisant les journaux, des choses qui se passent dans le monde, et que ça aussi est intéressant.

Je n’ai pas lu celui qui suit parce qu’il y avait des enfants dans la salle, je ne l’ai pas senti :

 

(Entre le bulldozer israélien

et la maison palestinienne

Rachel, 23 ans,

écrasée)

 

Puis

 

Parfums de liberté

flottant sur cette femme :

jupe et décolleté en V

 

Irak

la liberté de mourir

maintenant…

ou plus tard

 

Le haïku parle aussi de la famille, par exemple des enfants. Là j’ai écrit trois haîkus, un pour chacun de mes enfants. C’était l’hiver dernier, pas celui-ci, quand il a neigé.

 

Des pieds nus qui grimpent

- Regardez, y’a une surprise !

silence dedans

 

le salon tout balnc

la teenager de bon poil

- Les parents… c’est cool !

 

- Et toi tu dis quoi ?

front posé contre la vitre

silence dehors

 

Vous aussi vous avez sans doute un fils adolescent qui ne parle pas trop…

J’ai aussi écrit sur ma grand-mère très âgée…

 

Sur le papier peint

les mêmes lianes brunes

que sur ses mains

 

Il y a aussi les nuits d’insomnie…

 

Les yeux grands ouverts

oreiller éblouissant

autour de sa tête

 

Et puis enfin, les choses vont bien :

 

Soleil de novembre

lentement les deux péniches

sortent du brouillard

 

Retour au village

deux tourterelles perchées

sur le même fil

 

A la sortie du théâtre, des femmes me disent qu’elles ont vu le cas de quelqu’un qu’elles connaissent. C’est la force du haïku de donner à voir de vraies images.

 

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